Histoire du tourisme ! Comment en sommes-nous arrivés au tourisme de masse ?

Selon beaucoup d’auteurs, l’origine du tourisme se situerait au XVIIème siècle avec les expériences de voyage de quelques Britanniques riches parcourant le territoire européen. Sans renier cet héritage, le voyage dit initiatique était déjà présent durant les dynasties chinoises. De plus, Hérodote, grand voyageur grec de l’Antiquité, est l’un des pionniers de l’écriture d’un récit de voyage.

Le simple fait de « se déplacer » est présent dans les pratiques de nos ancêtres les plus lointains par le nomadisme. C’est inscrit dans nos gènes ! Ce phénomène de voyage n’est donc pas récent, mais les évolutions depuis la révolution industrielle ont complètement modifié notre rapport à ce déplacement. Ces changements ont fait naître l’industrie du tourisme, qui se situe au XIXème siècle avec trois faits importants :

  • La montée de l’individualisme

  • L’essor de la modernité industrielle

  • Et l’apparition d’une classe moyenne importante.

À ce moment, le tourisme devient donc un marché et celui-ci rapporte beaucoup d’un point de vue économique. En 2016, il représente 10% du PIB mondial (source OMT), toujours en augmentation. Ce qui était une pratique mondaine au XIXème siècle devient rapidement une pratique sociale de masse. C’est un sujet de discussion et un fait social : on peut entendre très souvent « où es-tu allé(e) en vacances cet été ? ». C’est, de ce fait, un élément qui permet de se placer dans la société. De même, le tourisme est devenu une affaire d’État, où le jeu politique est de produire l’offre pour fabriquer une demande. Certaines destinations ont ainsi tellement basé leur politique sur le tourisme, qu’elles en ont oublié les habitants et détruit l’environnement.

La machine touristique est en marche et les répercussions sont alarmantes. En effet, la mondialisation actuelle entraîne une société de consommation destructrice. Le sociologue Zygmunt Bauman le constate : « Ce qui est mis en scène c’est la jetabilité, l’interchangeabilité et l’exclusion » (2004). Cette citation est tout à fait transposable dans le secteur touristique. Le tourisme de masse engendre une surconsommation, de la pollution, des villes de villégiature identiques partout dans le monde et un loisir non accessible pour certaine personne. Le sociologue Jacques Ellul parle, quant à lui, de système technicien (1977) qui prend une place prépondérante dans notre société industrielle et de consommation de masse. La recherche de l’efficacité qui est une valeur forte de notre société évolue dans l’artificialité. Dans le tourisme de masse, l’exemple parlant pour décrire cette artificialité se retrouve dans toutes les publicités disponibles sur les offres touristiques. Toute cette communication doublée de marketing met en avant certaines destinations simplement par des photos de paysages paradisiaques associées à un prix attractif. L’ère de la consommation retire toute solidarité, car aujourd’hui ce qui est mis en avant c’est principalement le prix.

Malheureusement cesystème économique provoque des rapports de force, mais ce n’est pas le principal point de dissension dans le domaine du tourisme. En effet, la routine et l’uniformisation des pratiques jouent des rôles importants dans le protocole des vacances. Nous mettons en place certains automatismes sans nous en rendre compte, parfois, pour lisser les différences. Ce protocole se retrouve lors des voyages et la reproduction de certaines pratiques quotidiennes se retrouvent dans la sphère des vacances. Pour reprendre les exemples des villes de villégiature, celles-ci sont construites de toute pièce pour accueillir des touristes. L’urbanisation de ces villes est identique qu’elles soient en Bulgarie ou en France. On pourrait confondre la ville de Varna en Bulgarie et celle de Saint Jean de Mont en France du point de vue de son urbanisation du littoral. En effet, on y retrouve des hôtels et résidences de taille moyenne tout au long du littoral. Les services proposés sont équivalents : des commerces de proximité (glacier, supermarché), et des services de loisirs (clubs pour enfants, agence de loisirs nautiques etc.). Ce système de reproduction s’oriente aussi dans les hôtels de chaînes internationales. Par exemple: la taille des chambres, la restauration, le type de services proposés sont les mêmes, que ce soit un hôtel se trouvant à Bali ou un autre à Londres. Cette uniformisation provoque une économie générale des pratiques qui nous fait entrer dans des « logiques guerrières », pour reprendre le terme de Patrick Viveret. En effet, l’accélération supposée bien-fondée dans notre économie entraîne une baisse de la créativité et un lissage des différences culturelles.

Venise accueille jusqu'à 100 000 personnes par jour...

Pour recentrer le propos voici une définition du sujet abordé : le tourisme de masse est un phénomène qui entraîne un déplacement massif de population dans un même lieu pour un court séjour, pendant la période estivale et les vacances scolaires. Le problème est que les impacts de ce type de tourisme sont multiples, en voici quelques exemples :

  • L’emploi y est saisonnier avec des contrats précaires et de faibles rémunérations. Les salariés sont considérés comme jetables et ils sont sous-payés.

  • Les recettes qui sont massives profitent à un petit nombre car l’industrie hôtelière implantée est internationale, les revenus ne sont pas reversés sur place.

  • Une dépossession du lieu de vie pour les populations locales, l’exemple des manifestations à Barcelone pour protester contre le tourisme de masse en juin 2017 est un exemple des impacts liés à ces pratiques.

  • Une perte de liberté individuelle notamment dans la privatisation des plages.

  • Une uniformisation des pratiques au détriment du patrimoine culturel présent et souvent oublié.

Face à ce constat, changer nos habitudes lors de nos voyage est une des solutions car il y a maintenant des alternatives possibles; mais le plus important est d’alerter les politiques sur les méfaits du tourisme de masse pour mettre en place des projets basés sur un tourisme plus responsable.

Et pourquoi ne pas reprendre un peu les principes du voyage initiatique lors de votre prochain voyage ? Dans le voyage initiatique, le voyageur aspire à se fondre dans la culture de l’Autre. Par ce parcours, il vient à rompre avec son quotidien et ses habitudes pour douter de ses propres pratiques, de ses pensées et se remet en question… Beau programme !

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